L’arthrite – ce que nous en savons maintenant

L’arthrite est un problème vieux comme le monde et, très souvent, un problème de vieillesse, mais les douleurs articulaires chroniques et la mobilité réduite ne sont pas nécessairement inévitables au cours de nos dernières années. En fait, depuis quelques années, la recherche nous a montré que l’arthrite, un des problèmes de santé les plus courants chez les Canadiens, pourrait être en grande partie évitable grâce à de simples interventions liées à l’alimentation et au mode de vie. De plus, l’horloge biologique pourrait jouer un rôle important dans le développement et la gravité de l’arthrose !

Jetons un coup d’œil à certaines des recherches les plus intéressantes sur l’arthrite depuis quelque temps.

Est-ce que l’arthrite est plus répandue que nous le pensons ?

Selon une étude publiée dans la revue Arthritis & Rheumatology [1], la prévalence de l’arthrite aux États-Unis et ailleurs serait considérablement sous-estimée. En effet, les enquêtes actuellement utilisées pour évaluer cette prévalence reposent sur la déclaration d’un diagnostic de la maladie par les patients.

Les auteurs de cette dernière étude proposent d’examiner plutôt de quelle manière les patients répondent aux questions sur les symptômes associés à l’arthrite et sur leur durée. En utilisant cette stratégie pour analyser les données de la National Health Interview Survey (enquête nationale à partir d’entrevues sur la santé ou INSA) de 2015, les chercheurs ont été amenés à conclure que le nombre réel de personnes souffrant d’arthrite pourrait être supérieur de 68 % aux estimations nationales actuelles. Cela représenterait 91,2 millions d’adultes aux États-Unis, soit environ 36,8 % de la population. Cette donnée comprend 31,6 % d’adultes de moins de 65 ans, une constatation ahurissante.

Selon la Société de l’arthrite du Canada, l’arthrose touche une personne sur six, soit près de cinq millions de Canadiens, et ce chiffre augmente. On estime qu’un Canadien sur quatre sera atteint d’arthrose en 2035 et un nouveau diagnostic est posé toutes les 60 secondes [2].

Mode de vie, alimentation et arthrite

L’exercice régulier et une bonne alimentation peuvent aider à prévenir l’arthrose, selon un nouveau rapport publié dans Nature Reviews Rheumatology [3] . Les auteurs du rapport ont examiné le lien entre le métabolisme et l’arthrose et ont constaté qu’une mauvaise alimentation et un mode de vie sédentaire pourraient déclencher une reprogrammation génétique des cellules présentes dans les articulations. Cette reprogrammation modifie la production d’énergie cellulaire, entraînant une synthèse excessive de glucose. Le glucose inutilisé est ensuite transformé en acide lactique, ce qui augmente l’inflammation du cartilage.

Au lieu d’être une maladie « d’usure », les auteurs semblent indiquer que l’arthrose pourrait être mieux considérée comme une maladie métabolique. Ainsi, au lieu de prendre en charge la maladie en s’appuyant sur les analgésiques, la meilleure option pourrait être de se tourner vers l’alimentation et l’exercice pour soutenir un métabolisme plus sain.

En plus de cette discussion sur l’alimentation et l’arthrite, un autre examen a récemment révélé que le risque de voir apparaître la polyarthrite rhumatoïde, la maladie auto-immune la plus courante touchant les articulations, augmente si la personne a une alimentation occidentale type, riche en viande rouge, en viande transformée, en grains raffinés, en aliments frits, en produits laitiers à forte teneur en gras et en confiseries. En revanche, un régime alimentaire composé principalement d’aliments d’origine végétale, avec quelques poissons et volailles, a été associé à un risque moindre de polyarthrite rhumatoïde.

En effet, les personnes dont le régime alimentaire correspondait de près au guide alimentaire des Américains présentaient un risque moindre de 33 % de développer la polyarthrite rhumatoïde, comparativement à celles dont le régime alimentaire ne respectait pas les recommandations.

Exercice et arthrite

Par ailleurs, les études portent à croire que seulement 45 minutes d’activité modérée par semaine sont suffisantes pour avoir des effets bénéfiques sur le maintien de l’autonomie fonctionnelle chez les personnes âgées atteintes d’arthrite [4]. Selon une nouvelle étude, les personnes âgées trouvent souvent rebutantes les 150 minutes d’exercice recommandées par semaine, ce qui a pour conséquence de les rendre moins actives en général. Heureusement, toutefois, l’exercice physique même pendant le tiers de cette période a aussi des bienfaits et peut aider à prévenir les décès prématurés et les maladies graves chez les personnes âgées.

Dans le cadre de cette dernière étude, menée par l’École de médecine Feinberg de l’Université Northwestern, les participants qui faisaient au moins 45 minutes d’activité modérée chaque semaine étaient plus susceptibles, dans une proportion de 80 %, de constater des améliorations ou de maintenir un excellent fonctionnement pendant deux ans que ceux qui en faisaient moins. L’activité modérée peut inclure la marche rapide et peut se faire en courtes périodes de quelques minutes seulement.

Les lignes directrices actuelles en matière de santé recommandent 150 minutes en rafales d’au moins 10 minutes, de façon à soutenir la santé cardiovasculaire. L’étude visée s’est toutefois concentrée uniquement sur l’indépendance fonctionnelle des participants et a révélé qu’il n’était pas nécessaire que les séances durent 10 minutes pour être bénéfiques.

Conditions météorologiques et arthrite

Les conditions météorologiques ont-elles une influence ou causent-elles des douleurs articulaires ? C’est possible ! Mais pas de la façon dont vous le pensez.

De nouvelles études basées sur les recherches effectuées sur Google au sujet des douleurs articulaires ont révélé que l’opinion courante selon laquelle les symptômes de l’arthrite sont exacerbés par le temps froid et humide semble être contraire aux faits. Les données portent plutôt à croire que plus de gens interrogent Google sur les douleurs aux genoux et aux hanches lorsque le temps est chaud et sec [5]. Que se passe-t-il ? Eh bien, les scientifiques à l’origine de cette étude croient que ce résultat s’expliquerait par l’idée qu’un temps clément inciterait les gens à passer plus de temps à faire de l’activité physique à l’extérieur, ce qui pourrait les mener à en faire trop et à souffrir de douleurs articulaires par la suite.

La plupart des recherches sur Google portant sur les douleurs aux genoux ont été effectuées lorsque la température atteint un sommet de 23 °C. Dans le cas de douleurs à la hanche, le pic de recherches s’est produit à 28 °C. Dans les deux cas, les recherches ont diminué par jour de pluie, et la tendance observée est la même partout aux États-Unis. Les chercheurs ont utilisé la douleur à l’estomac comme paramètre de recherche de contrôle et ont trouvé une corrélation différente (un plus grand nombre de recherches lorsque les températures étaient basses ou élevées comparativement aux températures modérées).

Horloge biologique et arthrite

Qu’est-ce que votre horloge a à voir avec l’arthrite ? Beaucoup, semble-t-il.

Un biologiste de l’Université de Manchester, au Royaume-Uni (R.‑U.), a récemment découvert que les chondrocytes (cellules cartilagineuses) ont leur propre horloge biologique interne qui régule des milliers de gènes qui indiquent aux cellules quand elles doivent être actives et quand il est temps de se reposer et se réparer[6]. En vieillissant, ces horloges cellulaires ne fonctionnent pas aussi bien, de sorte que nos cellules articulaires ne savent plus aussi bien quand elles doivent se réparer après une usure.

Une protéine particulière, BMAL1, régit l’horloge biologique, mais l’expression de cette protéine par les cellules cartilagineuses a diminué lorsque la gravité de l’arthrose augmentait. La même chose s’est produite avec l’âge, ce qui semble indiquer un lien entre le risque d’arthrose et le processus de vieillissement en général.

Ces recherches amènent également à penser que les facteurs qui perturbent l’horloge biologique au sens large, c.-à-d. notre rythme circadien, pourraient également augmenter nos risques d’arthrose. Il s’agit notamment du décalage horaire et du travail par postes. Pour contrer ce risque accru, il pourrait être utile de prendre des habitudes qui aident l’horloge biologique à rester sur la bonne voie, comme manger, faire de l’exercice et dormir à des moments précis de la journée.

Horloge biologique, inflammation et médicaments contre l’arthrite

L’horloge biologique peut également avoir une influence sur l’efficacité des médicaments contre l’arthrose, du moins selon des chercheurs de l’Université de Manchester, au R.-U.[7]. Au cours d’une étude publiée dans le FASEB Journal, des chercheurs ont décrit comment l’horloge biologique régule l’inflammation en produisant la nuit des cryptochromes. Ces protéines répriment activement les voies inflammatoires dans les membres atteints d’arthrose et sont produites par les synoviocytes fibroblastiques, des cellules des articulations qui ont un rythme de 24 heures.

Les auteurs de cette étude ont utilisé des médicaments pour activer la production des protéines cryptochromes par les cellules et ont découvert que cela avait pour effet d’aider à protéger contre l’inflammation. Ici encore, on pourrait en déduire que le soutien du rythme circadien naturel du corps peut être bénéfique dans la gestion de l’arthrose et les chercheurs tendent à penser également que cette découverte pourrait avoir des ramifications sur la détermination du meilleur moment de la journée pour l’administration des traitements pharmacologiques.

Dépistage de l’arthrite

Une nouvelle épreuve sanguine pour l’arthrose pourrait bientôt faire son apparition, selon des chercheurs de l’Université de Warwick, au R.-U. En général, l’arthrose est difficile à diagnostiquer à ses premiers stades, de sorte que des dommages irréversibles peuvent survenir avant le début du traitement. Il peut également être difficile de distinguer l’arthrose d’autres affections articulaires à un stade précoce, ce qui retarde davantage le traitement.

Ce nouveau test est basé sur des recherches montrant des biomarqueurs spécifiques des protéines articulaires dans le sang, endommagées par les processus d’oxydation, de nitration et de glycation[8]. Les protéines endommagées s’infiltrent dans le sang à partir des articulations et permettent aux cliniciens de classer le type d’affection articulaire présent, le cas échéant. D’autres recherches visent à mettre au point une analyse sanguine simple pour dépister l’arthrose à un stade précoce, de manière à commencer le traitement plus tôt pour une prévention et une prise en charge plus efficaces[9].

Deux nouveaux biomarqueurs aussi définis non seulement semblent être utiles pour diagnostiquer l’arthrose dans la colonne vertébrale, mais pourraient contribuer directement à la dégénérescence articulaire observée dans cette affection[10].

Ces biomarqueurs, microRNA-181a-5p et microRNA-4454, interviennent dans l’intensification de l’inflammation et la destruction du cartilage et ont été définis par des chercheurs de l’Université de Toronto. En évaluant le niveau de ces deux microRNA, les cliniciens peuvent déterminer le degré de destruction possible du cartilage et le stade de l’arthrose chez une personne. Les biomarqueurs favorisent la mort des cellules cartilagineuses et épuisent le collagène. De nouveaux traitements qui bloquent l’activité de ces microRNA pourraient être mis au point à partir de cette découverte.

À surveiller de près

Les scientifiques se sont penchés activement sur l’étude d’une autre molécule en vue de déterminer son potentiel pour le traitement de l’arthrose. Cette molécule, qui porte le nom assez long de « régulateur de la croissance et de la différentiation du cartilage » ou RCGD 423, semble favoriser la régénération du cartilage et diminuer l’inflammation[11]. Pour ce faire, elle modifie l’activité de divers récepteurs dans les cellules du cartilage qui influent sur les processus dégénératif et réparateur.

L’application du RCGD 423 à des cellules cartilagineuses en laboratoire a contribué à augmenter la prolifération cellulaire et à réduire la mort cellulaire. Les chercheurs ont également endommagé le cartilage du genou de rats avant d’injecter du RCGD 423 dans les tissus de ces derniers. Ceux qui ont reçu l’injection de la molécule ont mieux guéri des blessures induites.

Les chercheurs se penchent également sur la possibilité que des algues puissent constituer une solution prometteuse pour le traitement futur de l’arthrose. Les algues brunes contiennent de l’alginate, un polysaccharide qui est semblable à un type de molécules du cartilage humain. Après avoir ajouté du sulfate à l’alginate, les chercheurs l’ont appliqué aux cellules cartilagineuses. Ils ont découvert que cette substance réduisait significativement le stress oxydatif et que ce sulfate d’alginate diminuait également l’expression des gènes qui déclenchent une activité inflammatoire dans les articulations [12] .

Il est important de noter que cette recherche a porté sur une composante spécifique, chimiquement modifiée, de l’algue et qu’aucun essai clinique n’a encore été effectué. Même si les essais chez l’homme montrent des bienfaits, il faudra encore plusieurs années avant que le sulfate d’alginate puisse être mis en marché.

L’arthrite et les problèmes articulaires touchent des millions de personnes dans le monde, mais il existe une panoplie de solutions pour soulager la douleur, y compris des produits naturels qui favorisent activement la réparation du cartilage et du tissu conjonctif.

Pour en savoir plus, communiquez avec un praticien de la santé ou consultez arthrite.ca

References:

  1. Jafarzadeh SR, Felson DT. Updated estimates suggest a much higher prevalence of arthritis in US adults than previous ones. Arthritis & Rheumatology. 2018 Feb; 70(2):185-192.
  2. Société de l’arthrite du Canada. Consulté en octobre 2018. Accessible à : https://arthrite.ca/a-propos-de-l-arthrite/les-types-d-arthrite-de-a-a-z/types/arthrose.
  3. Mobasheri A, Rayman MP, Gualillo O, et al. The role of metabolism in the pathogenesis of osteoarthritis. Nature Reviews Rheumatology. 2017; 13(5):302.
  4. Dunlop DD, Song J, Lee J, et al. Physical activity minimum threshold predicting improved function in adults with lower limb symptoms. Arthritis Care & Research. 2017 Apr; 69(4):475-483.
  5. Telfer S, Obradovich N. Local weather is associated with rates of online searches for musculoskeletal pain symptoms. PLOS ONE. 2017; 12(8):e0181266.
  6. Dudek M, Gossan N, Yang N, et al. The chondrocyte clock gene Bmal1 controls cartilage homeostasis and integrity. Journal of Clinical Investigation. 2016 Jan; 126(1):365-76.
  7. Hand LE, Hopwood TW, Dickson SH, et al. The circadian clock regulates inflammatory arthritis. The FASEB Journal. 2016 Nov; 30(11):3759-3770.
  8. Ahmed U, Anwar A, Savage RS, et al. Protein oxidation, nitration and glycation biomarkers for early-stage diagnosis of osteoarthritis of the knee and typing and progression of arthritic disease. Arthritis Research & Therapy. 2016; 18(1):250.
  9. Li J, Lan CN, Kong Y, et al. Identification and Analysis of Blood Gene Expression Signature for Osteoarthritis With Advanced Feature Selection Methods. Front Genet. 2018 Aug 30; 9:246.
  10. Nakamura A, Rampersaud YR, Sharma A, et al. Identification of microRNA-181a-5p and microRNA-4454 as mediators of facet cartilage degeneration. JCI Insight. 2016 Aug 4; 1(12):e86820.
  11. Shkhyan R, Van Handel B, Bogdanov J, et al. Drug-induced modulation of gp130 signalling prevents articular cartilage degeneration and promotes repair. Annals of the Rheumatic Diseases. 2018 May; 77(5):760-769.
  12. Kerschenmeyer A, Arlov Ø, Malheiro V, et al. Antioxidant and immune-modulatory properties of sulfated alginate derivatives on human chondrocytes and macrophages. Biomater Sci. 2017; (9):1756.